Trois CHU français associent l’intelligence artificielle à la prescription biologique

Un budget de 17 millions d’euros pour aider chaque médecin à prescrire le bon examen biologique, au bon moment.
L’AP-HM à Marseille, les Hospices Civils de Lyon et le CHU de Limoges ont officiellement lancé, le 6 juillet 2026, le projet OPTIMABIO avec Kiro, une start-up française d’intelligence artificielle en santé. Doté de plus de 17 millions d’euros dans le cadre du plan France 2030, ce projet veut intégrer une nouvelle génération d’IA directement dans les logiciels hospitaliers. L’objectif : aider les cliniciens à prescrire les examens de biologie médicale les plus pertinents, au moment le plus utile pour chaque patient.
Selon l’OCDE, près de 20 % des dépenses de santé restent liées à des soins inadaptés. À l’hôpital, la biologie médicale contribue à environ 70 % des diagnostics, mais certaines prescriptions restent redondantes ou mal calibrées face à la complexité croissante des situations cliniques. Au CHU de Limoges, les professeurs Frédéric Favreau et Franck Saint-Marcoux portaient cette vision depuis plusieurs années. Validé par le Premier ministre en décembre 2024, le projet s’inscrit dans le programme iDémo de France 2030, géré par Bpifrance pour l’État.
Concrètement, l’algorithme de Kiro analyse les résultats biologiques en temps réel. Il croise les données cliniques avec les recommandations de bonnes pratiques et les référentiels officiels. Il peut signaler qu’un examen a déjà été réalisé, ou suggérer un test plus adapté à la situation d’un patient donné. L’outil reste pensé comme un appui : il ne remplace pas le jugement du clinicien. Pour l’hôpital public, l’amélioration de la pertinence des prescriptions pourrait représenter plusieurs millions d’euros d’économies chaque année, en plus d’un parcours de soin plus fluide pour les patients.
Le projet reste jeune. Lancé début juillet, il devra démontrer ses résultats dans la durée avant toute généralisation. L’intégration d’une IA dans des logiciels hospitaliers déjà complexes demande aussi du temps d’adaptation pour les équipes soignantes. Reste une question ouverte : comment mesurer, sur le terrain, l’impact réel sur les prescriptions évitées et sur la charge de travail des biologistes et des cliniciens qui utiliseront l’outil au quotidien.
OPTIMABIO s’inscrit dans une vague plus large d’« hôpitaux augmentés » par l’IA en France, à l’image du CHU de Montpellier et de son Alliance Santé IA. La spécificité de ce projet : réunir trois CHU et une start-up autour d’un seul enjeu, la biologie médicale, avec une ambition de déploiement à grande échelle vers d’autres établissements. Ce que cette mutualisation entre CHU dit de la manière dont l’intelligence artificielle va s’installer à l’hôpital dans les prochaines années reste à documenter, mais la direction est posée.
Et dans votre service, qui décide aujourd’hui du bon examen à prescrire : le clinicien seul, ou déjà un outil d’aide à la décision ?
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