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One Health : le numérique doit enfin servir le vivant

Soixante pour cent des maladies infectieuses humaines sont des zoonoses. Trois quarts des maladies émergentes viennent de l’animal. La résistance aux antimicrobiens tue plus de 35 000 personnes par an dans l’Union européenne, et 1,27 million dans le monde. Ces chiffres ne sont pas nouveaux. Ce qui est nouveau, c’est que nous avons enfin les outils pour agir, et que nous ne nous en servons pas.

Une idée ancienne, une pratique encore rare

L’approche One Health n’est pas une mode. En 1865, Rudolf Virchow écrivait déjà qu’il ne devrait pas exister de ligne de démarcation entre médecine humaine et médecine animale. Les Principes de Manhattan l’ont redit en 2004, au sortir du SRAS. En 2021, l’OMS, la FAO, l’Organisation mondiale de la santé animale et le Programme des Nations unies pour l’environnement en ont enfin adopté une définition commune.

Mais une revue systématique publiée en 2020 dans One Health Outlook constatait que les mises en œuvre concrètes restent « exceptionnellement rares ». La santé humaine, la santé animale et la santé de l’environnement se parlent dans les déclarations. Leurs données, elles, ne se parlent pas.

L’outil n’est pas la stratégie

Nous utilisons l’intelligence artificielle au quotidien depuis plus de quatre ans. Nous en mesurons la puissance et les limites. Mais l’IA n’est qu’un outil. Un outil ne définit pas une stratégie : il la sert, ou il la dessert quand on confond le moyen et la fin.

La vraie question est simple : à quoi voulons-nous que ces technologies servent ? Notre réponse tient en trois mots. Il nous faut un environnement numérique en santé qui soit :

  • urbanisé, c’est-à-dire construit sur des référentiels partagés et des interfaces normalisées, plutôt qu’un mitage d’applications. Les standards existent : HL7 FHIR couvre la médecine humaine et vétérinaire ;
  • stable, capable d’intégrer l’innovation sans casser ce qui fonctionne, parce que les soignants ont besoin de continuité pour exercer ;
  • durable, parce que le numérique a un coût écologique que nous devons assumer et réduire.

Le digital comme levier, One Health comme boussole. L’un sans l’autre ne suffit pas.

Trois mondes qui doivent se parler

Le 24 novembre, à Namur, nous réunissons trois communautés qui se côtoient sans vraiment se parler.

  • Les praticiens One Health (vétérinaires, épidémiologistes, acteurs de l’environnement) maîtrisent l’interdépendance du vivant, mais regardent parfois le numérique avec méfiance.
  • Les architectes du numérique disposent des outils, mais peinent à saisir la complexité du terrain sanitaire.
  • Les soignants et les directions d’établissement vivent au quotidien les promesses tenues et celles qui ne le sont pas.

Nous ne leur demanderons pas de dérouler leurs présentations chacun dans sa chapelle. Trois ateliers poseront des questions concrètes : comment structurer des territoires One Health, avec les acteurs wallons, belges et européens qui les construisent ; comment connecter des données hétérogènes, humaines, vétérinaires et environnementales ; comment One Health change le travail des professionnels.

Nous avons encore le choix

Nous refusons le fatalisme technologique, et l’enthousiasme béat qui confond progrès technique et progrès humain. Nous croyons à un numérique au service du vivant, et à une intelligence artificielle copilote, jamais pilote.

C’est le pari de WeLink.Care pour cette année. C’est l’invitation que nous vous adressons.

Dr Thierry Vermeeren
Directeur général de la communauté WeLink.Care


Pour aller plus loin

Sources : Jones et al., Nature, 2008 (zoonoses) ; One Health High-Level Expert Panel (maladies émergentes) ; The Lancet, 2022 (1,27 million de décès liés à l’antibiorésistance) ; ECDC (plus de 35 000 décès par an dans l’UE) ; One Health Outlook, 2020.