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Avec l’arrivée de l’IA, l’industrie du numérique peut-elle devenir vertueuse ? – Dr Thierry Vermeeren – Metz 2026

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Avec l’arrivée de l’IA, l’industrie du numérique peut-elle devenir vertueuse ? – Dr Thierry Vermeeren – Symposium Metz 2026

Fondateur de WeLink.Care et enseignant en faculté de médecine, le Dr Thierry Vermeeren clôture le Symposium par une réflexion en profondeur sur l’industrie du numérique. Deux exemples ouvrent le propos. Le premier, ce réseau de 1,5 million d’IA discutant entre elles sans humains, médiatisé sous l’appellation Mold Book, qui semble incarner Terminator dans la vraie vie — alors qu’en réalité, quelques milliers d’humains pilotent et orientent ces IA pour distiller de la désinformation, en particulier sur les cryptomonnaies. Le second, la convocation de Mark Zuckerberg au Sénat américain après le suicide d’un adolescent ayant acheté sur Instagram des médicaments interdits, illustrant l’impuissance des amendes — 250 millions de dollars contre Meta — face à des entreprises dont l’exploitation économique génère des centaines de millions par jour.

L’intervention s’appuie sur la philosophie pour éclairer le présent. Le mythe de la caverne de Platon reprend vie à l’ère du numérique : nous regardons les ombres d’un monde projetées par des algorithmes qui sélectionnent et cadenassent l’information. Le concept de « pharmakon » du philosophe Bernard Stiegler — remède et poison simultanément — décrit avec justesse l’ambivalence de l’IA. Plusieurs phénomènes documentés méritent l’attention des soignants : les 150 biais cognitifs identifiés et exploités par les 2 000 psychologues cliniciens de Google pour maximiser la consommation ; les « dark patterns » qui trompent les utilisateurs au seuil de l’illégalité ; les hallucinations algorithmiques que l’utilisateur de base ne perçoit pas. En santé, des études européennes récentes documentent un phénomène grave : les médecins qui utilisent l’IA voient leur capacité diagnostique baisser sur la durée, et changent leur diagnostic dès qu’ils ne sont pas d’accord avec la machine — au risque d’une génération de médecins incapables de diagnostiquer sans IA.

La donnée de santé est au cœur du défi. Plus elle est massivement accessible, moins sa qualité est garantie — surtout depuis que les IA génératives produisent de la donnée synthétique en quantité industrielle, qui nourrit à son tour les algorithmes. La protection passe par des espaces de données fermés, hospitaliers ou nationaux, à l’image des European Health Data Spaces. Mais tout n’est pas négatif. AlphaFold, publié par Google en open source et gratuit, a fait franchir un cap considérable au décodage du génome et nourrit aujourd’hui de nombreuses publications de l’OMS et de la communauté scientifique. La conclusion du Dr Vermeeren appelle à un sursaut éthique opérationnel : aujourd’hui, les comités d’éthique hospitaliers sont peu formés à ces enjeux, alors qu’ils sont les premiers concernés. L’industrie peut être vertueuse — par moments — mais sans dispositifs robustes de protection et de formation, le rapport de force restera défavorable au consommateur, au patient et au soignant.

La vidéo de cette intervention : voir le replay →