Le CHU de Rouen traite la sténose aortique sans chirurgie ni anesthésie
Début juillet, l’équipe de cardiologie du CHU de Rouen a réalisé sa douzième procédure Valvosoft®. Une technologie qui traite une valve cardiaque calcifiée sans bistouri, sans implant et sans anesthésie générale.
À Rouen, en Normandie, la sténose aortique se soigne désormais autrement. Cette maladie résulte d’une calcification progressive de la valve aortique. Elle limite le passage du sang et peut provoquer essoufflement, douleurs thoraciques ou insuffisance cardiaque. Jusqu’ici, la prise en charge reposait sur le remplacement de la valve, par chirurgie ou par implantation percutanée. Valvosoft®, développée par la société française Cardiawave, ouvre une autre voie : des ultrasons thérapeutiques focalisés fragmentent les calcifications, sans ouvrir le patient.
Cette innovation ne sort pas de nulle part. Le CHU de Rouen a participé aux études cliniques dès l’origine, dans le cadre du RHU (recherche hospitalo-universitaire) STOP-AS, dirigé par la professeure Hélène Eltchaninoff. Elle a ensuite coordonné l’étude pivot de la technologie. Cette collaboration se poursuit aujourd’hui au sein de l’Institut Alain Cribier, dont Cardiawave est partenaire. Peu d’établissements peuvent revendiquer un tel continuum entre recherche académique et pratique clinique quotidienne.
Sous l’impulsion du docteur Thibaut Hémery, le service de cardiologie interventionnelle a intégré la technologie dès son marquage CE. Douze procédures ont été réalisées à ce jour, dont sept depuis cette étape réglementaire. Le geste mobilise une équipe large : cardiologues, anesthésistes, manipulateurs en électroradiologie, infirmiers, aides-soignants et équipes de recherche clinique. Cette coordination permet d’intégrer une innovation récente dans un parcours de soins sécurisé, sans improviser au lit du patient.
Valvosoft® ne remplace pas les traitements existants. Elle s’adresse à des patients atteints de sténose aortique sévère symptomatique qui ne peuvent pas, ou ne souhaitent pas, bénéficier immédiatement d’un remplacement valvulaire. Pour cette population, souvent âgée ou fragile, l’absence d’anesthésie générale change la donne. Seuls deux équipements Valvosoft® sont aujourd’hui disponibles en France. Le CHU de Rouen en possède un, ce qui explique que des patients lui soient parfois adressés depuis d’autres régions, voire de l’étranger.
Cette rareté pose aussi une question de fond : comment un territoire organise-t-il l’accès à une innovation quand l’équipement reste limité ? Le CHU de Rouen ne communique pas sur des critères de sélection précis ni sur un calendrier d’élargissement du parc national. C’est un point que la communauté médicale suivra avec attention, à mesure que les données de suivi à moyen terme s’accumuleront.
Ce que cette histoire raconte dépasse la seule cardiologie. Elle illustre comment un écosystème local, associant recherche, industrie et clinique, peut faire remonter une innovation du laboratoire jusqu’au lit du patient en quelques années. D’autres pays européens avancent sur des approches non invasives similaires en valvulopathie, mais peu disposent d’un dispositif aussi directement issu d’une recherche hospitalière nationale. Ce que cela dit de la capacité française à transformer une découverte en pratique courante reste une question ouverte, que les prochaines années de déploiement permettront de trancher.
Et dans votre établissement, comment se prennent les décisions d’accès à une innovation encore rare ?
Source : CHU de Rouen – Actualités (https://www.chu-rouen.fr/le-chu-de-rouen-poursuit-le-deploiement-de-valvosoft-une-innovation-non-invasive-pour-le-traitement-de-la-stenose-aortique/)
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