Le Gérontopôle de Toulouse généralise le dépistage de la fragilité chez les seniors

Plus de 142 000 personnes de 60 ans et plus ont déjà intégré le programme ICOPE en France. Chaque semaine, plus de 1 000 nouveaux seniors le rejoignent.
Le Gérontopôle de Toulouse a conçu ICOPE (Integrated Care for Older People) en 2019. Ce centre est collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Avec le soutien de l’ARS Occitanie, il a bâti un parcours de prévention en quatre étapes pour les personnes autonomes de 60 ans et plus vivant à domicile. La première étape repère le déclin de la capacité intrinsèque dans neuf domaines (audition, cognition, mobilité, humeur, nutrition…), avant d’orienter vers une évaluation approfondie puis un plan de soins personnalisé. L’ambition est simple à énoncer, plus complexe à tenir : transformer un dépistage ponctuel en réflexe de prévention durable.
Le programme n’est pas né d’une intuition isolée. Il s’inscrit dans une réflexion internationale de l’OMS sur le vieillissement en bonne santé, que Toulouse a traduite en dispositif concret dès 2019. Une expérimentation nationale a suivi en 2022, financée dans le cadre de l’article 51 de la loi de financement de la sécurité sociale, un mécanisme qui permet de tester des organisations de soins dérogatoires avant une éventuelle généralisation. Ce test grandeur nature a duré trois ans avant que le gouvernement n’annonce, en juillet 2025, la généralisation de la première étape de dépistage sur l’ensemble du territoire.
Le bilan dressé lors du congrès Fragilité du sujet âgé, à Toulouse en juin 2026, est concret. Près de 220 000 dépistages de première étape ont été réalisés, dont 41 % en auto-évaluation grâce à l’application ICOPE Monitor. Plus de 17 000 évaluations approfondies ont suivi. 84 % des personnes dépistées présentent au moins une alerte, le plus souvent liée à l’audition (42,1 %) ou à la cognition (41,4 %). Sur le terrain, plus de 300 structures, communautés professionnelles territoriales de santé et maisons de santé pluriprofessionnelles notamment, portent ce repérage aux côtés de 21 000 professionnels de santé engagés. Les bilans de prévention aux âges clés, mis en place par l’Assurance maladie depuis 2024, offrent désormais une porte d’entrée supplémentaire vers ICOPE.
Reste que le financement de l’expérimentation touche à sa fin. Le déploiement doit désormais s’appuyer sur les ressources de droit commun, une bascule pilotée par les ARS en lien avec les collectivités territoriales et les nouveaux services publics départementaux de l’autonomie. Sur le plan clinique, le défi change de nature. Il ne s’agit plus seulement de dépister, mais de structurer l’adressage vers le bon soignant sans multiplier les évaluations approfondies inutiles. Selon la gériatre Catherine Takeda, de l’IHU HealthAge, l’algorithme de gestion des alertes a d’ailleurs été retravaillé pour limiter le nombre d’étapes 2 déclenchées, une nécessité pour tenir la charge à moyens constants.
En tant que centre collaborateur de l’OMS, le Gérontopôle de Toulouse a vocation à essaimer son modèle bien au-delà de la France. On manque encore de données comparatives précises sur des dispositifs équivalents dans d’autres pays francophones, mais la question posée par ICOPE dépasse les frontières. Comment transformer un repérage individuel en politique de prévention à l’échelle d’un pays, sans laisser le dispositif s’essouffler une fois l’élan expérimental retombé ? La réponse se joue maintenant, avec un objectif affiché de 2 millions de personnes dépistées d’ici 2027.
Et dans votre pratique, le repérage précoce de la fragilité chez vos patients âgés s’appuie-t-il déjà sur un parcours aussi structuré ?
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