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Table ronde – Quel modèle économique pour la prévention en santé ? – Metz 2026

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Table ronde – Quel modèle économique pour la prévention en santé ? – Symposium Metz 2026

Participants : Paul d’Otreppe (PwC, ex-président de l’Association belge des directeurs d’hôpitaux), Dr Gaël Cinquetti (Président de la CME du CHR Metz-Thionville), Lamia Himer (Directrice de la Délégation Territoriale de Moselle, ARS Grand Est), Nadine Mazuet (Crédit Agricole de Lorraine, filière santé et bien vieillir). Modération : Jean-Paul Delmeire.

Cette table ronde décortique les freins économiques qui empêchent la prévention de s’imposer comme un pilier de notre système de santé. Paul d’Otreppe rappelle d’abord, depuis l’expérience belge, que la France n’est pas si mal placée à l’échelle européenne (5,8 % des dépenses dans la prévention contre 5,5 % en moyenne), mais que l’enjeu se déplace : il ne s’agit plus d’augmenter la masse, mais de transformer le système en passant d’un financement à l’activité à un financement basé sur la valeur. La méthode belge, désormais inscrite dans la réforme à hauteur de 1,5 milliard d’euros, repose sur l’identification du « no value » plutôt que sur la quête d’un Graal qualitatif. Une démarche descendante – convaincre administration, ARS, syndicats, fédérations, mutuelles – combinée à une remontée des hôpitaux de référence pour reconstruire scientifiquement la prise en charge de chaque pathologie.

Le Dr Gaël Cinquetti partage l’angle de l’hôpital public, qui supporte aujourd’hui 80 % des 267 000 hospitalisations potentiellement évitables tout en finançant de manière invisible une part importante des actions de prévention. La tarification à l’activité reste structurellement défavorable à la prévention : mobiliser des cardiologues et gynécologues pour une action « Cœur des femmes » est financièrement suicidaire, mais cliniquement indispensable. Les pistes : sortir de la T2A pour la prévention, expérimenter des financements pluriannuels pour l’éducation thérapeutique, introduire du Pay for Performance sur les hospitalisations évitables, et surtout articuler hôpital, CPTS et structures de proximité dans des parcours territoriaux lisibles.

Lamia Himer souligne l’éclatement des acteurs sur le territoire mosellan – contrats locaux de santé, CPTS, mutuelles, collectivités, employeurs – et l’absence de pilote unique de la prévention. La difficulté n’est plus l’intérêt à agir, qui est largement partagé, mais bien la lisibilité, la coordination et la mesure d’impact. Nadine Mazuet illustre concrètement l’engagement d’un acteur privé : trois ans de dépistages sur site pour les 1 450 collaborateurs du Crédit Agricole de Lorraine (Octobre Rose, Movember, mélanome) avec un taux de satisfaction de 4,9/5, déploiement progressif des quinze programmes de prévention de Médicat auprès des entreprises clientes, sites d’information à destination des seniors et « cafés de la santé » organisés sur le territoire. Le débat fait ressortir trois leviers concrets : la personnalisation par la mesure pour transformer le « parent pauvre » en investissement quantifiable, le rapprochement aller-vers pour ne pas creuser la fracture numérique, et un courage politique pour faire de la prévention la norme – via, à terme, des mécanismes de bonus assurantiels.