One Health : ce n’est pas une dépense de santé. C’est un investissement.

Combien coûte une pandémie ? En 2020, la réponse était simple : 3 600 milliards de dollars de production économique mondiale évaporée en un an. Une contraction de 4,3 % du PIB mondial. Des milliers de milliards en plans de sauvetage, en vaccins, en hospitalisations. Et une facture que nos systèmes de santé continuent de payer.
La vraie question n’est pas combien coûte la prévention. C’est : combien coûte l’absence de prévention ?
Le calcul que peu de ministres des finances osent faire
La Banque mondiale l’a fait. Son rapport “Putting Pandemics Behind Us” est sans ambiguïté : prévenir les pandémies via une approche One Health coûterait entre 10,3 et 11,5 milliards de dollars par an à l’échelle mondiale. Gérer une pandémie une fois qu’elle éclate ? 30,1 milliards par an selon le G20 — soit trois fois plus. Et ce ratio ne tient pas compte des pertes économiques indirectes, qui explosent les chiffres.
Les ordres de grandeur sont vertigineux. Investir 3 milliards de dollars annuels dans des approches One Health pour les systèmes agroalimentaires pourrait générer 37 milliards d’économies liées à la réduction des épidémies. Un retour sur investissement de plus de 1 100 %.
Pour mémoire : la prévention représente moins de 1 % du coût de la seule année 2020 de réponse au COVID-19.
Des précédents qui parlent d’eux-mêmes
Ces chiffres ne sont pas théoriques. Chaque fois qu’une zoonose a été mal anticipée, la facture a été colossale :
- L’épidémie de SRAS en 2003 : 54 milliards de dollars de pertes mondiales, essentiellement liées à l’effondrement du tourisme et du commerce — et non aux coûts médicaux directs.
- L’épidémie de virus Nipah en 1998-1999 : des centaines de millions de dollars de pertes pour l’industrie porcine malaisienne, du jour au lendemain.
- La fièvre Q aux Pays-Bas : abattages massifs de chèvres, milliers de cas humains, un coût estimé à 35 000 € par DALY perdu.
- Ebola en Afrique de l’Ouest (2014-2016) : contraction de 12 % du PIB de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone.
Ce que ces crises ont en commun ? Elles étaient en grande partie prévisibles. Et les signaux d’alerte — chez les animaux, dans les écosystèmes — existaient avant que le premier humain ne tombe malade.
Ce que “One Health” change réellement pour les systèmes de soins
L’approche One Health ne se limite pas à la prévention des pandémies. Elle génère des co-bénéfices concrets pour les acteurs de santé au quotidien :
Réduction des coûts hospitaliers liés aux infections résistantes, aujourd’hui en forte hausse dans tous les pays européens. La résistance aux antimicrobiens pourrait coûter 100 000 milliards de dollars à l’économie mondiale d’ici 2050 et tuer 10 millions de personnes par an — soit plus que le cancer.
Renforcement de la sécurité alimentaire, avec des répercussions directes sur les maladies chroniques que vous prenez en charge : obésité, diabète, pathologies cardiovasculaires.
Amélioration de la résilience des systèmes de santé, en développant des capacités de surveillance et de réponse rapide qui bénéficient à l’ensemble du parcours de soins — pas seulement en période de crise.
Sources : Banque mondiale — “Putting Pandemics Behind Us” (2022) | FAO — “The Economic Case for One Health” | PMC — One Health Economics to confront disease threats
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