Du traitement à la prévention, il n’y a qu’un pas… Lequel ? – Pr Fabrice Denis – Symposium Metz 2026
Oncologue et fondateur de l’Institut de prévention et de longévité, le Pr Fabrice Denis raconte le glissement d’une carrière passée à traiter près de 4 000 cancers du poumon vers une médecine de l’amont, où l’objectif est d’éviter la maladie ou de la détecter à un stade encore curable. Son intervention illustre la rupture par des cas concrets : un cancer du poumon dépisté en stade 1 coûte environ 700 € à traiter avec plus de 80 % de survie à cinq ans, contre 350 000 € en stade 4 pour une survie inférieure à 5 %. La pharmaco-génétique, désormais documentée, aurait pu éviter l’AVC d’une jeune patiente sous pilule porteuse d’une mutation du facteur V que personne n’avait recherchée.
L’apport majeur de cette nouvelle médecine est la quantification. On sait aujourd’hui chiffrer ce que rapporte chaque facteur corrigé en années d’espérance de vie en bonne santé : 24 ans gagnés à 40 ans en cumulant huit facteurs (non-tabagisme, activité physique, alimentation équilibrée, sommeil, gestion du stress, lien social, faible consommation d’alcool, absence d’addiction). Les douze mécanismes biologiques du vieillissement sont désormais identifiés et, pour la plupart, modifiables. Deux pics de vieillissement biologique apparaissent autour de 44 ans (système vasculaire, métabolisme lipidique, métabolisation de l’alcool) et 55-60 ans (régulation immunitaire, rein, métabolisme du sucre), invitant à des interventions ciblées à des âges précis. Les horloges biologiques – génomiques, épigénétiques, protéomiques – permettent de mesurer l’âge réel des organes : 20 % de la population a un organe en vieillissement accéléré, ce qui se traduit par 20 à 50 % de surmortalité, le tout corrigeable à condition d’être détecté.
Fabrice Denis détaille les biomarqueurs actionnables qui devraient entrer en routine (CRP ultrasensible, lipoprotéine A, score HOMA, CDT), la place des bilans pharmaco-génétiques pour éviter inefficacité et toxicité médicamenteuses (Plavix, statines, antidépresseurs, œstrogènes), et les molécules de demain – sénolytiques et sénomorphiques – capables de détruire les cellules sénescentes ou d’en bloquer les effets pro-inflammatoires. Sur le terrain, huit personnes sur dix de plus de 50 ans présentent une anomalie pertinente lors d’un bilan préventif, et une sur cinq une anomalie sérieuse mais corrigeable. Sa conviction : la prévention devient une médecine à part entière, quantitative, personnalisée, capable d’économiser jusqu’à 80 milliards d’euros en quinze ans si un socle solide est déployé. Une formation dédiée et un ouvrage de synthèse accompagnent désormais la diffusion de ce paradigme.
Si vous souhaitez voir la présentation liée à ce document, voici le lien : https://welink.care/wlc-videos/du-traitement-a-la-prevention-il-ny-a-quun-pas-lequel-pr-fabrice-denis-metz-2026/
