Antibiotiques : la Belgique passe à la vitesse supérieure

Et si votre prochain patient atteint d’une simple cystite ne pouvait plus être soigné ? Ce n’est pas un scénario de science-fiction. C’est la trajectoire vers laquelle nous allons si rien ne change.

En Belgique, plus de 1 300 personnes meurent chaque année d’une infection résistante aux antibiotiques — dont 70 % contractée dans un contexte de soins. À l’échelle mondiale, l’OMS estime à 700 000 le nombre de décès annuels liés à l’antibiorésistance. La Banque mondiale, elle, chiffre le coût économique futur à 3 400 milliards de dollars par an d’ici 2050.

Face à cette menace silencieuse, les autorités belges ont franchi un cap le 20 janvier 2026 : un nouveau plan d’action national “One Health” contre la résistance aux antimicrobiens pour la période 2026-2030 vient d’être adopté, avec un budget total de 260 millions d’euros.

Ce qui change concrètement pour votre pratique

Le plan ne se contente pas de fixer des objectifs abstraits. Il modifie directement les outils à votre disposition :

Pour les médecins généralistes, le projet BASICS sera déployé dans tout le pays à partir de 2027. Il vous accompagnera dans l’adaptation de vos prescriptions grâce à des données comparatives avec vos confrères. Dès fin 2026, une plateforme d’aide à la décision pour la prescription d’antibiotiques sera intégrée directement dans le dossier patient — accessible également aux pédiatres, gynécologues, urologues et pneumologues.

En pharmacie, la logique de la boîte entière disparaît : les médecins devront désormais prescrire le nombre exact de comprimés nécessaires. Moins de restes, moins de mésusage, moins d’antibiotiques dans l’environnement.

Pour les hôpitaux, un cadre liera certains financements à leurs performances mesurées dans la lutte contre la résistance.

Une approche qui porte déjà ses fruits

Le volet vétérinaire illustre ce qui est possible quand une filière s’engage. Depuis 2011, la vente d’antibiotiques à usage animal a chuté de 59,9 % en Belgique — un résultat qui prouve que l’objectif européen de -50 % est non seulement atteignable, mais dépassable.

L’enjeu humain est plus complexe. L’Europe demande une réduction de 18 % de l’usage chez l’humain d’ici 2030 par rapport à 2019. La baisse actuelle ? 4 % seulement. Le chemin restant est considérable — et il passe par vos cabinets.

Pourquoi “One Health” change la donne

L’approche One Health repose sur un constat simple : les bactéries résistantes ne connaissent pas les frontières entre espèces. Elles circulent entre les humains, les animaux et l’environnement via les aliments, l’eau, les sols. Traiter le problème en silos — médecine humaine d’un côté, vétérinaire de l’autre — n’a jamais suffi.

Ce plan coordonne pour la première fois l’ensemble des acteurs belges autour d’une gouvernance commune, présidée par le Pr Herman Goossens (Université d’Anvers), expert international de référence sur la résistance aux antibiotiques.

L’antibiorésistance n’est plus seulement un sujet de politique de santé publique. C’est une réalité de cabinet. Et les leviers sont, en partie, entre vos mains.


Retrouvez le détail du plan sur le site de Frank Vandenbroucke, Ministre belge de la Santé : vandenbroucke.belgium.be

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